© Les Poètes de la Cité 2013
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Les Poètes de la Cité

Poèmes primés 2014 Poèmes primés 2014
                                Poèmes distingués avec un 1er prix:
Section Classique: Pour saluer Anatole France*                              Frédéric Roche Septembre s’essoufflait et battait en retraite, L’automne déjà roux soufflait le froid du soir, Devant mon feu de bois je lisais ma gazette, Lorsque dans ma bergère un enfant vint s’assoir. A voix basse, il me dit: “Je n’en mène pas large, C’est la rentrée demain et j’ai la grosse peur, Je promène toujours ma plume dans la marge, Car je n’écris que là, la page me fait peur. C’est comme fait, bien sûr, je vais prendre la porte, Humer l’air de la cour, tant-pis pour les leçons. Piètre élève je suis, après tout que m’importe! Pour moi seul les oiseaux chanteront leurs chansons. Cela fait des années que discret je t’observe, En promenant ton chien, c’est un mot pour chacun, Tu parles cependant, restant sur ta réserve; Des copains de comptoir...Mais des amis aucun. Jamais on ne te vit en costume et cravate, L’uniforme civil, c’est bon pour le troupeau, La souffrance animale est pour toi scélérate Et tu ne salues point celui qui tue l’agneau. Il te plait de nourrir quelques hostilités Et des haines parfois, je m’en suis aperçu, Tu fus ce que je suis et nos affinités Nous rassemblent encor: Tu ne m’as pas déçu.” *Le livre de mon ami (Les humanités) Section Néo-Classique: Voiliers                                    Gilles Le Saux Que sont-ils devenus ces laboureurs des mers, Partis de Copenhague ou bien de Liverpool, Effleurant, langoureux, l’épaule de la houle, Chargés de rêves fous et d’épiques chimères? Les poussant plus avant, comme eût fait une mère, Imprégné d’une odeur de goudron et qui saoule Comme les vieux alcools des cafés d’Istambul, L’alizé les berçait d’étreintes éphémères. De ces coureurs zélés restent la souvenance De carènes ailées d’une folle élégance, Et leur pauvre squelette exhibant ses membrures, Leurs mats rompus dressés tels des bras qui supplient Le ciel indifférent, des morts sans sépultures Dont le nom effacé a sombré dans l’oubli... Section Libre: La Rose                                         Giovanni Errichelli Le temps s’est arrêté Au bord de l’eau cet été Au fond de mes yeux certes Une porte s’est ouverte J’y ai vu le jardin Des secondes premières Et la Rose enfin Assise sous la lumière Avec ses petits boutons ambrés Qui suggèrent pour éclore à la vie La chaleur si troublante d’un baiser Je l’ai vu sourire Distiller ses suaves fragrances Qui enivrent mon être et ses sens Je l’ai vu s’ouvrir Diffuser ses intimes senteurs Qui irisent le fond de mon coeur Je l’ai vu fleurir Délivrée par une joie si intense Que mon âme en conserve la brillance Était-ce folie de vouloir la cueillir Son délicieux parfum quelques pétales Et ses épines qui m’empêchent de dormir Section Thème: Voyage Le dernier voyage                                      David Frenkel Le train surgit des ténèbres. Réveille-toi, citoyen capon! Dans la campagne endormie, la lune est blême; Une colère froide blanchit sa figure; Son rayon balaie des visages apeurés; L’astre pénètre les wagons à bestiaux; Il les accompagne à la nuit du tombeau; L’innocence funèbre roule vers la mort. Une mélopée lugubre rythme le convoi; La promiscuité d’un univers immonde Transforme l’individu en troupeau amorphe. Sous les roues, la ferraille entrechoque La résistance réfugiée dans la matière. Les enfants pendent aux basques de l’espoir; Leurs pleurs les attachent à l’humain. Mais le destin suit un train d’enfer Leurs larmes n’éroderont point les coeurs de pierre. Le soleil découvre les étoiles jaunes. Les nuages peinent à cacher l’infâme; L’éclair ne déchire pas l’ignominie; L’orage ne frappe pas l’opprobre. La locomotive siffle la camarde Dans un désert d’humanité. L’imagination fertile conduit la haine; Elle s’arrêtera à la solution finale. Les wagons vides repartent vers l’oubli. La bétaillère est derechef peuplée; Des bêtes ont remplacé les boucs émissaires. Six millions ont fait le grand voyage; Leur trajet a strié l’Humanité.